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« LA MALEDICTION, SI VOUS N'OBEISSEZ PAS AUX COMMANDEMENTS DE L’ETERNEL, VOTRE DIEU, ET SI VOUS VOUS DETOURNEZ DE LA VOIE QUE JE VOUS PRESCRIS EN CE JOUR » DEUTERONOME 11:28

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Il avait eu de mauvais jours, ou plutôt de mauvaises années. Il avait appris à ses dépends toutes les horreurs que le monde avait à offrir, et pis encore, il y avait participé. Né dans une secte protestante, dressé à tuer par un père fanatique, élevé sous les coups, il se satisfaisait cependant d’avoir reçu une éducation gargantuesque. Littérature, philosophie, théologie, arithmétique, astrologie, arts martiaux, musicaux, libéraux, créatifs, il n’y avait pas un domaine dans ce monde dont il ne maîtrisait pas les bases. Son père avait été à la fois son pire cauchemar et son plus grand instructeur. Grâce à lui, il avait appris par cœur les Saintes Ecritures, Aristote, Thomas d’Aquin, Spinoza, Kant, Descartes, Leibniz, Heidegger, Lévinas, et ce sans limitation de langues, de taille, d’heures de travail. A chaque erreur son coup de fouet. A chaque fausse note son doigt cassé. A chaque faux pas son coup de poing, de pied, de poignard, de bâton. A force, il s’y était fait. Peu à peu, il avait cessé de pleurer, de trembler, tout comme il avait cessé de ressentir de la compassion et du remord. La première fois qu’il avait tué un homme, il en avait été malade pendant des jours, sachant pourtant qu’il s’agissait d’un assassin et d’un violeur d’enfants. Mais huit ans plus tard, lorsqu’il tira dans le crâne d’un homme dont le seul crime était d’aimer d’autres hommes, il ne ressentit rien. Ni plaisir, ni horreur. Jamais il ne se détesta plus que le jour où il réalisa quel monstre il était devenu.

Pourtant, il avait toujours su ce qu’il était. Son père le lui avait répété chaque jour depuis l’aveu de sa mère : il était le fils du démon, il était impie, inhumain, abomination. Il n’y avait nul espoir de salut pour lui, son âme était destinée à la damnation, c’était inscrit dans son sang. Son père l'avait élevé dans une seule optique : vaincre le mal par le mal, faire de ses fils les monstres chasseurs de monstre. Et ce principe, Tobias l’avait appliqué bien des années après s’être enfui de la maison familiale. Il s’était obstiné dans cette voix, des années durant, tuant, buvant, baisant, tuant encore, ne laissant à son âme aucun instant de répit pour panser ses blessures. Tous les soirs il sortait, parlant, buvant, buvant, parlant, encore et encore jusqu’à laisser filer le temps, assis au comptoir ou tournant autour du billard, enjôlant des inconnues et des inconnus dont il n’avait jamais l’intention de retenir le nom. Des heures entières perdues juste pour oublier que son lit l’attendait, et avec lui les heures d’insomnies, de cauchemars, d’angoisse. Le sommeil était devenu le repère lugubre d’un monstre cruel qui faisait de ses insomnies son terrain de chasse, qui attendait, tapi, l’instant maudit où il fermerait les yeux et qui le ferait se réveiller, hurlant, suant, dégobillant. Alors il continuait sa beuverie en boîte, tant et si bien qu’il en oubliait la dernière fois qu’il n’avait pas tenu de verre, comme si ce récipient était devenu l’extension de sa main, au point qu’il le gardait en dansant, et il dansait tant qu’il en était rompu, à moins qu’il ne couchât, peut-être, ou peut-être pas, dans ces années, tout était flou. Et le secret contre la gueule de bois ? Ne jamais désaouler.

Un jour il s’aperçu qu’il avait oublié ce qu’être sobre signifiait. Il fit le compte de ses meurtres, il les comptait par centaines ; il fit le compte de ses amants, il les comptait par milliers. Ici nous aimerions lire que l’amour entra dans sa vie et qu’il décida de changer. Il rencontra l’amour, oui, et sous toutes ses formes, paternel, fraternel, amical, romantique. Mais en vérité, il lui fallut des années pour remonter la pente. Des années pour cesser de compenser l’angoisse par le sexe, pour obtenir la médaille des trois mois de sobriété, pour réapprendre à éprouver de la pitié et de l’amour, pour différencier la colère et la peur. Entre les moments d’idylles et de passion, il y eu la prison, l’hôpital psychiatrique, la dépression, les hallucinations, la rechute, les regrets, le dégoût de soi, des années pour guérir ne serait-ce qu’un peu, sans aucune assurance qu’il ne se briserait pas une nouvelle fois.

Avec le temps, il s’était fait à l’idée. Son âme était en miette. Il avait recollé les morceaux, mais un jour ou l’autre, tout s’écroulerait, comme une tour de kaplas. Il tomberait. Et il se relèverait. 

Mais c’est peut-être parce qu’il était tombé si bas qu’il était remonté si haut.

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