CAÏN

Adam eut des relations conjugales avec sa femme Eve. Elle tomba enceinte et mit au monde Caïn. Elle dit : « J'ai donné vie à un homme avec l'aide de l'Eternel. » Elle mit encore au monde le frère de Caïn, Abel. Abel fut berger et Caïn fut cultivateur. Au bout de quelque temps, Caïn fit une offrande des produits de la terre à l'Eternel. De son côté, Abel en fit une des premiers-nés de son troupeau et de leur graisse. L'Eternel porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande, mais pas sur Caïn et sur son offrande. Caïn fut très irrité et il arbora un air sombre. L'Eternel dit à Caïn: « Pourquoi es-tu irrité et pourquoi arbores-tu un air sombre? Certainement, si tu agis bien, tu te relèveras. Si en revanche tu agis mal, le péché est couché à la porte et ses désirs se portent vers toi, mais c'est à toi de dominer sur lui. » Cependant, Caïn dit à son frère Abel: « Allons dans les champs» et, alors qu'ils étaient dans les champs, il se jeta sur lui et le tua. L'Eternel dit à Caïn: «Où est ton frère Abel? » Il répondit : « Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère ? ». Dieu dit alors: « Qu'as-tu fait? Le sang de ton frère crie de la terre jusqu'à moi. Désormais, tu es maudit, chassé loin du sol qui s'est entrouvert pour boire le sang de ton frère versé par ta main. Quand tu cultiveras le sol, il ne te donnera plus toutes ses ressources. Tu seras errant et vagabond sur la terre. » Caïn dit à l'Eternel : « Ma peine est trop grande pour être supportée. Voici que tu me chasses aujourd'hui de cette terre. Je serai caché loin de toi, je serai errant et vagabond sur la terre, et toute personne qui me trouvera pourra me tuer. » L'Eternel lui dit : « Si quelqu'un tue Caïn, Caïn sera vengé sept fois » et l'Eternel mit un signe sur Caïn afin que ceux qui le trouveraient ne le tuent pas.
Genèse 4.1-15
IL N'Y A RIEN A FAIRE, AVEC CES PAÏENS D'HUMAINS ! C'EST UNE RACE DE VIPERES, DE BONS A RIEN !
IL FAUT TUER CES BETES, D'UNE BALLE DANS LA TETE, LA VERMINE, MOI, JE L'EXTERMINE !

« Je suis toujours hasardeux et toujours nécessaire parce que je suis l'Histoire et la marche du temps. Je m'appelle Laquedem, Fussӓnger, Ahasvérus, Cartaphilus, Luis de Torres, Omar Ibn Battûta, Hiuan-tsang, Démétrios ou Ragnar le Savant : les hommes sont des poèmes récités par le destin. Je suis surtout anonyme et toujours collectif. Parce que, avant d'être un homme, un voyageur, un maudit, un héros de roman - quelle horreur ! - je suis d'abord un mythe. Vous comprenez ? - Je traîne dans tous vos souvenirs, vos fantasmes, vos peurs, vos espérances. Je suis tout ce que vous avez fait et aussi et surtout que vous ne ferez jamais. (…) Je ressemble au monde et à la vie. J'aurais pu ne pas être. Mais maintenant que je suis, personne ne m'effacera plus. Vous avez devant vous l'image même de l'inutile qui, par la grâce de l'être, est devenu nécessaire. »
« Moi, je marche sans fin et les yeux dans le vide. Je ne marche jamais vers rien, je m'éloigne plutôt de quelque chose. Et de quoi est-ce que je m'éloigne, toujours en vain, naturellement ? Je m'éloigne de moi-même et de ce que je n'ai pas fait. Mon domaine est l'espace, un espace sans frontières, mon domaine est le temps, et un temps sans limites. J'ignore tout de l'espoir, je marche et je n'avance pas. J'ai remplacé la politique par la géométrie, les attachements de la tendresse ou de la fidélité par toutes les abstractions de la métaphysique, l'ambition et la crainte par la fatalité. Je crains qu'elles ne soient désincarnées. »
C'EST MOI LE MAITRE DU FEU,
LE MAITRE DU JEU
LE MAITRE DU MONDE,
ET VOIS CE QUE J'EN AI FAIT
UNE TERRE GLACEE, UNE TERRE BRULEE
LA TERRE DES HOMMES
QUE LES HOMMES ABANDONNENT !
JE SUIS UN HOMME AU PIED DU MUR
COMME UNE ERREUR DE LA NATURE
Il avait la peau usée et burinée, marquée par le soleil, les intempéries, les plaies. Rien à voir avec une peau parfaite et douce : il avait de la corne au bout des doigts, des rides sur le front et entre les sourcils. C’était un homme physique, un homme de la terre, qui travaillait avec ses mains, qui ne croyait que ce qu’il pouvait toucher. De grosses mains puissantes, imposantes, à l’image du reste de sa silhouette. Des muscles robustes roulaient sous sa peau basanée. Il était trapu, massif, intimidant. Il avait le regard grave, mais fatigué et indifférent. Il semblait s’ennuyer constamment, ne rien regarder et pourtant tout observer. Il avait un air de biker revêche, avec son blouson de cuir, ses tatouages, ses sourcils épais et sa barbe sombre. Il n’était pas sociable. Il n’était pas gentil. Il n’était pas doux. Il était brusque, renfrogné, sec. Il détestait les conversations vides de sens, où l’on discute de la pluie et du beau temps. Il aimait les âmes folles, profondes comme les abîmes marins, il aimait les extrêmes, l’ombre infernale ou la lumière aveuglante. Les âmes mesurées l’indifféraient : elles étaient médiocres. Il aimait la démesure, il était la démesure.
Il était la première démesure de l’humanité. L’orgueil initiale, l’hubris primordial. Il était Icare, il s’était brûlé les ailes à vouloir voler trop près du soleil. Il était l’immortel, et non pas l’éternel. Il était à la fois dans le temps et hors du temps, condamné à errer sur Terre parmi les hommes. Il était le père de l’humanité et pourtant il n’en faisait plus parti. Pour avoir donné la mort, il avait été a jamais privé de la sienne. Il avait tenté mille et une ruse pour contrer sa malédiction, mais elle était ineffaçable. Si en plus d’immortel il avait été inaltérable ! Mais il n’en n’était rien. Il se fatiguait, il avait faim, soif, sommeil, il se blessait, le corps et l’âme. Il aimait, se lassait. Sa mémoire s’effaçait au fur et à mesure. Certaines choses ne s’oublient pas, bien sûr. Certaines images. Abel. Le déluge. Les dinosaures. Les siècles de silence absolu, sans âme qui vive ; la solitude de errer sur la terre, seul être doté de parole. La main du christ sur son front. La croix se découpant sur le ciel sans nuage. Les guerres, la peste. Les camps. Les camps surtout. Il ne les avait pas oublié – il les avait vécus.
Il allait de lieu en lieu, de ville en ville, de maison en maison, de pays en pays. Il ne connaissait que la route. Il allait sans but, avec la seule conviction qu’il ne pourrait jamais se poser quelque part. C’était un autre aspect de sa malédiction. De temps en temps il rencontrait l’hospitalité, parmi ceux qui n’avaient pas oublié le mythe du juif errant et la tradition de l’assiette du pauvre. Mais le plus souvent il négociait une chambre contre quelques belles histoires ou un service à rendre ; ou alors il dormait à la belle étoile. Il voyait se refléter son crime dans la lumière de la lune. Il n’avait pas d’argent, il ne travaillait pas. Il était hors du monde et ne voulait pas s’abaisser à son niveau. Tout ce qu’il avait à offrir se trouvait dans ses bras puissants, ses souvenirs, ses histoires. Il ne prenait pas même en note ses souvenirs. Il était tout entier tel qu’il se présentait, sans faux-semblants, sans réserve, sans cachettes, sans secrets. Il parlait peu, mais il ne mentait jamais. On le prenait pour un fou, soit. Peu importait. Il restait un vagabond. Rien n’était à lui en propre à part sa pensée. Et il considérait, en retour, que rien n’appartenait aux autres. Il n’admettait pas la propriété privée. Tout était à tout le monde. Il ne volait pas, il prenait, et remerciait.
Il vouait un culte à la terre. Elle était la source de toute vie, et nous y retournions tous, tôt ou tard. Autrefois, il la cultivait, mais cela lui était désormais interdit. Malgré tout, il la priait, la choyait, la soignait autant qu’il pouvait. Les hommes l’avaient abimée avec les siècles. Cette race qu’il avait engendrée se répandait partout sur le globe, ne laissant plus une seule parcelle de terre non-habitée, tel un virus qui s’étend inexorablement, un parasite qui se reproduit à l’infini jusqu’à dévorer son hôte de l’intérieur. Il sentait sous ses pieds le sol se polluer d’insecticides, les nappes phréatiques se remplir de produits chimiques, il sentait la terre se craqueler, il l’entendait supplier. Les cris de mère nature le tenaient parfois éveiller la nuit. Il allait de point en point, ressourçant au possible l’énergie terrestre de la sienne propre. Il se vidait de son énergie vitale pour qu’elle puisse respirer de nouveau. Créer de petites enclaves d’oasis. Mais rien ne durait. Les hommes détruisaient tout sur leur trajet.
A ce problème-là aussi il avait trouvé un remède. Depuis des millénaires il répandait sa nouvelle descendance parmi les hommes. Sa semence infiltrait les rangs de l’humanité pour mieux les éclaircir. Les monstres. Abominations parmi les abominations. Des espèces par centaines parmi cette race maudite. Vampires, goules, ogres, succubes, sirènes, il en existait pour chacune plusieurs sortes, mais toutes avaient pour point commun ceci : ils étaient les prédateurs de l’humanité. Ils étaient ses enfants, au même titre que les hommes, et il les regardait s’entretuer.
CAÏN – MAIS ETES-VOUS HEUREUX ?
LUCIFER – NON, ET TOI ?







SUR LA TERRE, SANS D'AUTRES RAISONS
MOI JE TOURNE EN ROND,
JE TOURNE EN ROND
JE SUIS UN HOMME ET JE MESURE
TOUTE L'HORREUR DE MA NATURE
POUR MA PEINE, MA PUNITION
MOI JE TOURNE EN ROND,
JE TOURNE EN ROND